Ariane

Paysages 21/10/2014

Juste avant de prendre cette photo, je m’étais aperçu qu’en balade, je posais parfois des choix délibérés d’exclusion de certains sujets. Par exemple, je rencontre souvent ce genre d’installations en forêt, et pourtant, jamais je n’en avais encore pris en photo. Je les considère tout simplement trop laides et intrusives. En fait, cela ne correspond tout simplement pas à l’image que je me fais (et que je veux capturer) de la Forêt, dans mon imaginaire. Ce constat m’a amené à vouloir tenter autre chose. Je chemine depuis plusieurs mois dans cette réflexion : en perpétuant un regard trop sélectif, est-ce que je pose un regard franc sur ce qui m’entoure? Et inévitablement vient ensuite la question sans réponse : qu’est-ce que la beauté?

P.S. : Pour les européens qui se demanderaient de quoi il s’agit, vous voyez ici un réseau de tubulures destinées à extraire l’eau des érables à la fonte des glaces, pour en faire du sirop d’érable. Autrefois, les exploitants de « cabanes à sucres » (comme on dit chez nous) employaient des traîneaux-citernes tirés par des chevaux de traits pour aller collecter une à une les « chaudières » remplies d’eau d’érable. C’était charmant, mais aussi très fastidieux. Aujourd’hui, on reconnait les érablières modernes à ces réseaux de tuyaux bleus tissés entre les arbres, et qui s’étendent parfois sur plusieurs hectares. On ne parle plus de cabanes folkloriques au fond du bois, mais d’une véritable industrie acéricole. La demande mondiale l’exige. À preuve que l’échelle a changé, nous avons même, désormais, des réseaux très bien organisés de voleurs de sirop d’érable!

Comments 10

  1. Véronique says on 21/10/2014

    Allo Nicolas,

    Moi, tu vois, ce qui me dérange plus que les tubes eux-mêmes, ce sont surtout les petits tas de branches ici et là, la forêt « nettoyée » de sa régénération, transformée en plantation/champ d’érables… Car, à la limite, les tuyaux eux-mêmes ne font peut-être pas tant de dommage, bien qu’ils empêchent les gros mammifères de circuler.

    • Nicolas says on 21/10/2014

      En effet, Véro, nos forêts sont de plus en plus domestiquées. On a du mal à trouver de véritables forêts ancestrales. Pour les gros mammifères, je me demandais justement comment les tubes parvenaient à leur résister. Un orignal, ça déplace sa masse, quand même.

  2. Camille Lysière says on 22/10/2014

    Je me suis souvent posé la question pendant mes photos de voyage, lorsqu’on cherche le meilleur angle, celui qui supprime de l’image la méchante poubelle, le poteau téléphonique, la voiture hideuse justement garée là… et encore, je ne retravaille pas mes clichés ensuite ! Mais je me retrouve dans ton interrogation : la franchise du regard, le recherché qui détrône le réel.

    • Nicolas says on 22/10/2014

      Les photos de voyages sont effectivement propices à ce questionnement, mais on ne va quand même pas rapporter des photos laides pour montrer à nos amis. :) Personnellement, j’ai toujours eu un intérêt pour l’urbain imparfait, la beauté du laid ou de l’insignifiance banale… Mais pas en forêt. En forêt, je cherche naturellement la nature vierge. Bref, un sujet à méditer.

  3. cecilecamatte says on 22/10/2014

    merci pour ton explication, effectivement, je n’aurai pu savoir!! Et je suis bien interpellée également par la réflexion que tu poursuis que je rencontre également, lors de mes pérégrinations, munie de mon appareil photo. Je ne peux m’empêcher de voir ces entrelacs bleus comme des sorte d’attrape-rêves « inversés », géants, bloquants l’imaginaire.

    • Nicolas says on 22/10/2014

      Je suis content que tu aies vu au-delà de l’explication factuelle. C’est un peu ça, la photo : la différence entre voir et regarder.

  4. lancoliebleue says on 22/10/2014

    Merci pour le détail de tes explications car je me demandais vraiment de quoi il s’agissait. Je ne verrai plus mon pot de sirop d’érable de la même façon dorénavant. Dans un sens, je suis un peu la cause de ce méli mélo qui tisse la forêt. Désolée, mais le sirop est si bon ;)
    Bonne soirée.
    Val

    • Nicolas says on 22/10/2014

      Je te comprends. Je ne savais pas que le sirop était maintenant facilement accessible en Europe. Quand j’étais jeune, c’était loin d’être le cas. Moi, j’ai la chance d’acheter mon sirop de particuliers, qui récoltent et fabriquent à la main à l’ancienne. On remplace ainsi une bonne partie de notre consommation de sucre en cuisine par du sirop. :)

      • lancoliebleue says on 23/10/2014

        On a un canadien qui vit ici et qui vend sur les marchés la sauce à poutine, le sirop en cruchon etc…

        • Nicolas says on 23/10/2014

          Meme la sauce à poutine? Il ne vous manque que le fromage qui fait skwikwik… Demande-lui s’il en a. Il comprendra. :)

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