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Premier jour - En marche vers le refuge

Silence radio

Paysages 08/03/2013

Après plusieurs hivers à passer nos week-ends et vacances de mars sur les pentes de ski, nous nous sommes cette année tournés vers la raquette. Une des sources de ce changement est venue de mon inspirant collègue Michel Caron, qui aime tant défricher de nouveaux sentiers au pas de course et partager ses expériences sur son blogue ou lors de conférences. C’est lui notamment qui m’avait prodigué de judicieux conseils pour un séjour mémorable au parc Acadia, il y a quelques années. Ce dernier Noël, Michel a entraîné ses deux grands gaillards de fils au mont Gosford (7e sommet au Québec, 1193 mètres d’altitude, et 600 mètres de dénivelé) pour un réveillon en raquettes. Les photos qu’il avait ramenées m’avaient tellement fait rêver que j’en ai parlé à plusieurs reprises durant les repas familiaux, les semaines suivantes, jusqu’à convaincre ma conjointe et mon fils d’essayer une autre forme de vacances, cette année.

Rompre avec le prévisible

Nous avons choisi le même refuge que Michel avait pris à Noël, soit le refuge Morin. Pour y accéder, on doit dépasser de quelque 3 km le sentier d’accès au sommet, ce qui offre une certaine garantie d’intimité, surtout en plein hiver. Afin de ne pas complètement traumatiser ma famille, j’ai aussi opté pour le service de livraison de l’équipement lourd par motoneige. Ainsi, nos sacs de couchage et surtout notre nourriture pour trois jours et deux nuits nous attendaient à notre arrivée. Nous avons porté dans nos sacs à dos nos vêtements de rechange, collations, effets personnels et petits articles divers de survie hivernale. J’ai aussi traîné partout avec moi mon énorme Nikon (2 kg avec la lentille!), la trousse de premiers soins, le GPS, bref, plusieurs kilos d’équipement dont j’ai senti chaque gramme peser sur mes pas. Je peux comprendre l’obsession de nombreux amateurs de randonnée pour le minimalisme.

Nous parvenons au refuge. Le préposé qui a porté nos vivres a allumé le poêle en vue de notre arrivée.

Nous parvenons au refuge. Le préposé qui a porté nos vivres a allumé le poêle en vue de notre arrivée.

En nous servant du refuge comme camp de base, nous avons parcouru sur trois jours un peu plus de 27 km et 1000 mètres de dénivelé positif cumulé (autant en négatif, car il faut bien redescendre ce qu’on grimpe) en raquettes. Le temps était presque toujours couvert et gris, mais le paysage immaculé compensait largement cette absence de soleil. Même s’il a neigé deux jours sur trois et que les conditions lumineuses étaient décevantes pour mon appareil photo, j’estime avoir pu en tirer amplement satisfaction.

Se déconnecter pour mieux connecter

La marche en raquette est certes une activité un peu lente pour un jeune sprinteur et snowboardeur. Notre fils s’est néanmoins rapidement prêté au jeu, une fois que nous lui avons présenté le défi sous l’angle du développement personnel. Rapidement, c’est d’ailleurs lui qui a choisi d’ouvrir la marche, quitte à nous attendre aux prochains paliers. Nous avons eu d’intéressants échanges sur la motivation, en particulier lors de passages où l’effort se faisait plus sentir. Comme je suis justement en train de lire un livre d’Haruki Murakami (Autoportrait de l’auteur en coureur de fond) qui traite de ces questions, j’avais de la matière première pour entretenir le feu, en commençant par ce passage : « On ne peut éviter d’avoir mal. Il dépend de soi de souffrir ou non. ».

Deuxième jour - Altitude 700 mètres

Deuxième jour – Altitude 700 mètres

À mesure que le temps ralentit, nos réflexions se développent. On se promène du sport à la géopolitique en passant par la spiritualité, tout cela en aiguisant nos sens à l’observation de ce qui nous entoure, des traces d’animaux dans la neige à la texture de l’écorce des bouleaux. Ces petits moments sont d’autant plus précieux que nous avons chacun à notre façon lutté contre l’inertie des habitudes et de la fatigue saisonnière pour venir les savourer.

Un couscous au sommet

Lors de notre ascension du mont Gosford, le deuxième jour, nous sommes carrément montés dans les nuages. La grimpe s’est vite avérée solide dans le dernier tronçon, avec 400 mètres de dénivelé sur un peu plus de 2 kilomètres. Les crampons et cales d’appui des raquettes ainsi que les bâtons de randonnée ne sont pas un luxe, à ce stade. L’adaptation des strates de végétation, à mesure que nous prenons de l’altitude, est manifeste. En approchant du sommet, nous ne pouvons rien voir à plus de cinquante mètres. La neige et le givre recouvrent tout de blanc. Les seules nuances de couleurs que nous pouvons distinguer sont celles de nos vêtements, exactement ce qui avait marqué mon imaginaire dans les photos de Michel. Nous sommes sur la planète Hoth… En guise de réconfort, j’ai apporté dans mon sac un réchaud et un restant du couscous de la veille, que nous dégustons chaud au sommet, avant d’entamer la descente, moitié au pas de course, moitié en glissant dans la poudreuse.

Vers le sommet - Planète Hoth

Vers le sommet – Planète Hoth

Nous n’avons rencontré ce jour-là que deux petits groupes : une jeune famille déterminée qui marchait sur nos pas, et une bande de jeunes aussi vifs que légers qui nous avaient précédés. Déconnectés de tout, nous avons pu entretenir quelques heures durant cette illusion d’être seuls au monde.

Le refuge la nuit

Le refuge la nuit

Sans signal cellulaire ni électricité pour charger nos gadgets, éclairés dès la tombée du jour aux seules bougies et lampes frontales, nous n’avons d’autre choix que de revenir aux activités primaires de la vie de camp : préparer la prochaine sortie, entretenir le feu, concocter les repas et les lunchs, lire et jouer à des jeux de société, dormir!

Pour une fraction du coût de nos vacances habituelles, nous nous sommes offerts cet hiver deux cadeaux sans prix : des souvenirs à profusion… et du silence.

Note au 9 mars 2013 : Si vous voulez en voir plus après avoir visionné la galerie ci-après, une autre sélection de photos en noir et blanc de cette sortie vous attend sur mon autre blogue, Instants Between Breaths (en anglais).